Il est des choses ici-bas dont on pourrait plus ou moins facilement se passer. Il en est d’autres sans lesquelles nos rapports à l’autre n’auraient sans doute pas été tout à fait les mêmes. Chacun peut s’en figurer une liste, avec l’assurance qu’elle sera probablement différente de celle de son voisin. Gageons toutefois que tout le monde tombera s’accordera sur un point : sans les ponts, qu’ils soient physiques ou théoriques, l’humanité serait plus fragmentée et plus compartimentée qu’elle ne l’est.
Si un pont suspendu au-dessus d’un cours d’eau relie une rive à l’autre, il fait en réalité bien davantage : il sert de trait d’union tangible entre deux mondes, deux univers, voire deux imaginaires. C’est peut-être encore plus vrai pour le pont Fuku-ura.
Cette construction en bois, longue de 252 mètres, relie la magnifique baie de Matsushima à l’île de Fuku-ura, l’un de ses trésors, dont vous pourrez faire très facilement le tour en une trentaine de minute, en suivant les sentiers qui la sillonnent. L’important – ici, comme souvent – est toutefois moins la destination que le trajet. Il ne s’agit pas de rejoindre un site touristique ultra fréquenté, pris d’assaut par des hordes de visiteurs armés de mille appareils photos. Non. Si l’île est magnifique, elle n’en demeure pas moins paisible et vous proposera moins des attractions architecturales colossales qu’une ambiance, née précisément de son cadre naturel, propice à la contemplation.
Le pont, en soi, vous proposera – le temps des instants qu’il vous faudra pour le franchir - un agréable moment d’introspection. Sachez que la baie de Matsushima était naguère perçue comme un lieu proche de l’outre-monde, à la fois vénérée et redoutée. Vous trouverez aujourd’hui, au milieu de l’île de Fuku-ura, un petit temple dédié à la déité Benzaiten, une des sept divinités du bonheur. À notre époque, où la rationalité semble avoir tout envahi, il ne saurait être question ici, de s’attarder longuement sur des récits de spectres, de dieux ou d’esprits. Mais nous ne pouvons en revanche, que vous enjoindre à prendre le temps de franchir ce pont et à rejoindre, pour quelques moments, un autre monde qui ne manquera pas, sinon de vous apporter la fortune, au moins de vous donner un peu de quiétude.


