La baie de Matsushima offre aux yeux un spectacle tel que Matsuo Basho, considéré comme le plus grand maître du haïku, choisit de l’exprimer en se contentant de répéter trois fois le nom de cette localité (poème ponctué d’interjections du meilleur effet), comme pour mieux souligner le caractère indicible de ce que ce maître de mots voyait.
Mais au-delà des beautés de la mer, il est aussi possible d’en déguster les fruits. La région est en effet connue pour la qualité de son ostréiculture, dont l’histoire est curieusement liée à celle de la France. Au début du siècle précédent, le secteur français de l’huître traverse une crise majeure, due à la fois aux maladies et à la surpêche. Les bassins traditionnels sont alors gravement touchés au point que l’huître locale se retrouve menacée de disparition. Durant les décennies 1920 et 1930, la France importera ainsi des huîtres adultes depuis le Japon - cultivées à Hiroshima mais aussi sur le littoral du Sanriku - ce qui lui permettra de sauver son industrie ostréicole. L’histoire retiendra que la France rendra symboliquement la pareille à l’archipel après la catastrophe de 2011, qui a dévasté les côtes du Sanriku.
Bref, si vous souhaitez, vous aussi, prendre part à cette belle histoire entremêlant savoir-faire et qualité des ostréicultures françaises et japonaises, pourquoi ne pas vous attabler dans l’un de ces kaki-goya saisonniers (littéralement « cabane à huîtres ») où vous pourrez les faire griller devant vous et en déguster à volonté, durant un temps préalablement déterminé. Car si les Japonais affectionnent les huîtres crues, ils les consomment plus fréquemment frites, en fondue ou, comme ici, simplement grillées, dans une convivialité que gourmands comme gourmets ne manqueront pas d’apprécier.


