Le Japon et la Nature entretiennent une relation plus ambiguë qu’il n’y paraît au premier abord. Si les films de Ghibli nous enseignent la toxicité de l’être humain sur son environnement, et s’il est également très humain de s’émouvoir devant un bonsaï taillé avec art, un jardin traditionnel parfaitement entretenu ou devant la puissance expressive d’un paysage peint à l’encre noire dans un des musées de l’archipel, on oublie pourtant souvent une chose fondamentale. Les Japonais ne sont pas des amoureux transis de la Nature. Ils savent même depuis des siècles à quel point celle-ci peut être hostile et dangereuse. Voilà pourquoi ils l’apprécient particulièrement lorsqu’elle est taillée, domestiquée, ou soumise à la main de l’homme comme au pinceau de l’artiste.
Le jour funeste du 11 mars 2011 leur en a fourni une illustration supplémentaire. En milieu d’après-midi, un séisme d’une violence extrême survint à quarante kilomètres seulement au large de la côte de Sanriku. Enregistré avec une magnitude de 9, ce tremblement ébranla les régions environnantes mais, grâce à la qualité des constructions parasismiques japonaises, n’occasionna que relativement peu de victimes et de dégâts directs. C’est malheureusement de la mer que viendrait la tragédie. La secousse fut suivie d’un tsunami dont les vagues atteignirent par endroits plus de trente mètres, dévastant de vastes portions du littoral, rasant les anciens ports et causant près de 16.000 morts et 2500 disparus. C’est pour leur rendre hommage, apaiser tant bien que mal la peine des survivants et continuer de transmettre aux générations futures que s’il est essentiel de prendre soin de la Nature, il demeure vital de s’en méfier.
Par la sobriété de ce lieu, sublimée par la beauté du Nakabashi, ce pont du souvenir conçu par l’agence de l’architecte Kengo Kuma, nul doute que vous serez submergé par l’émotion en repensant à ces vies fauchées. Mais gardez-vous bien de laisser la tristesse l’emporter : regardez la mer avec douceur, vivez pour ceux qui ne sont plus, et puis, si le temps vous le permet, allez faire quelques pas dans la petite forêt voisine dont les arbres ont été plantés pour le mot le plus gorgé d’espérances qui soit, l’avenir.
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