Le paysage offert par la baie de Matsushima est considéré comme l’une des trois plus belles vues du Japon. Quiconque y a déjà laissé traîner son regard sait que cette réputation est loin d’être usurpée. Au-delà de la mer, dont la beauté en elle-même suffirait à elle seule à faire battre plus vite le cœur du moins poétique des promeneurs, le chapelet d’îlots visibles depuis la rive ajoute des touches délicates à un canevas déjà enchanteur.
Nous avons évoqué ailleurs la possibilité d’y faire griller des huîtres, l’une des spécialités locales, ou encore de prendre littéralement la mer sur une navette touristique. Mais pour ceux qui seraient déjà rassasiés ou auraient peur d’avoir le mal de mer, il est un endroit qui vous fera tout autant rêver que le grand large : le Godaidô, accessible depuis la terre ferme par un charmant petit pont.
Bâti sur un rocher où se trouvait autrefois un pavillon dédié aux Cinq Rois de la Sagesse, nombre que l’on retrouve dans le nom actuel du Godaidô, le site compte parmi les plus anciens lieux de culte de la région. Le Japon a longtemps accordé un soin particulier à la délimitation entre le monde des hommes et celui de l’invisible. Dans le shintoïsme, une arche marque l’entrée des sanctuaires et les fidèles sont invités à se purifier avant d’y pénétrer, afin de ne pas y introduire la moindre impureté du monde profane.
Dans les mythes, la frontière entre le monde des vivants et celui de l’au-delà demeure cependant poreuse. À l’instar d’Orphée, nombreuses sont les figures à franchir ces seuils dans un sens comme dans l’autre. Certains lieux, ici-bas, étaient ainsi perçus comme des portes ouvertes sur l’invisible. Matsushima en fait partie : son paysage, que certaines heures de la journée enveloppent d’une brume presque irréelle, ne pouvait que fasciner des Anciens moins enclins que nous à la rationalité.
Relié à la terre par un petit pont impressionnant, notamment par l’espace inhabituel laissé entre ses marches, le Godaidô donne précisément l’impression d’être un lieu de transition, d’un point de suspension entre deux mondes. Il invite à la contemplation silencieuse ou, à défaut, à dégainer son appareil photo pour tenter de saisir l’insaisissable sur des clichés qui seron, n’en doutons pas, mémorables.
- La baie de Matsushima


