La langue japonaise n’est pas sans présenter quelques difficultés pour qui souhaite l’étudier ou ambitionne de la maîtriser. Le plus aguerri des grammairiens s’étranglerait ainsi en découvrant qu’elle peut aussi bien se passer de sujet que la Belgique de gouvernement. À l’inverse, sa prononciation ne pose quasiment aucun problème au locuteur français. Mieux : ses sonorités sont reconnaissables entre mille, et leur caractère exotique attire aussi bien le futur voyageur que le gourmet, lequel s’est déjà depuis longtemps approprié des termes tels que mochi, matcha, nori ou umami. Si vous entendez le mot « kokeshi », puisque c’est de ça dont nous allons parler ici, vous savez immédiatement, même sans bien en connaître le sens, qu’il désigne quelque chose du pays où le Soleil est dit se lever.
Kokeshi. Ce terme désigne un type de poupée en bois qui fait la fierté de la région du Tôhoku depuis plusieurs siècles. Les historiens continuent de ferrailler aujourd’hui encore pour en déterminer précisément l’origine et l’étymologie, mais l’on s’accorde généralement à dire qu’il s’agissait initialement de jouets offerts aux enfants ou de souvenirs rapportés par les voyageurs venus se prélasser dans une des nombreuses sources chaudes de la région. De génération en génération, des maîtres ont formé des disciples, donnant naissance à des lignées d’artisans dont les productions sont aujourd’hui regroupées en différentes écoles.
Parmi elles, l’école de Yajirô constitue un des courants les plus traditionnels de la kokeshi de la préfecture de Miyagi. Son lieu de production, ouvert au public, présente un triple intérêt.
Il propose tout d’abord, au sein d’une salle d’exposition permanente, un panorama clair de la genèse et des techniques de fabrication de ces poupées, pour le plus grand plaisir des initiés comme des néophytes. Il permet ensuite de rencontrer, ou simplement d’observer les artisans à l’œuvre, dans un des espaces de travail de la cour intérieure. Enfin, il ravira les petits et grands grâce à des ateliers de peinture sur kokeshi, offrant à chacun l’occasion d’exprimer, ou de révéler, un talent artistique parfois insoupçonné. Pour ceux d’entre vous qui ne se sentiraient pas une fibre esthétique particulièrement affirmée, la boutique attenante permet de commencer une petite collection, tout en soutenant les artisans que vous aurez vu travailler. À proximité se trouve également un sanctuaire shintô, dédié à Koretaka-no-shinnô, prince impérial du IXe siècle. Écarté de la succession au trône, celui-ci se serait retiré dans les montagnes, menant une vie d’ermite lettré tout en se consacrant au travail du bois. Il est d’ailleurs aujourd’hui considéré comme le patron des artisans qui travaillent avec la même matière. Vous pourrez y acquérir une tablette votive en forme, bien sûr, de kokeshi.
Vous repartirez de ce lieu paisible avec une compréhension plus fine de ce pan de l’artisanat régional, après avoir vu de vos yeux comment naissent ces petites statuettes en bois et peut-être même en en ayant adopté quelques-unes, pour votre plaisir personnel ou pour contaminer vos proches d’une future collectionnite !
