Si l’Histoire était un livre, il est indéniable que ses pages rivaliseraient avec le meilleur de la littérature mondiale, et son auteur - quel que soit le nom que les Hommes lui donnent - mériterait aisément tous les prix littéraires du globe. Il va de soi que certaines pages seraient néanmoins plus difficiles à tourner que d’autres. Il est même acquis que celle relatant la catastrophe du 11 mars 2011 dans le Tôhoku serait particulièrement pénible à lire. Mais les hommes en général, et les Japonais en particulier, se sont toujours relevés et se relèveront toujours. Voilà pourquoi il importe de soutenir ceux qui ont souffert et de revenir là où tant de souvenirs demeurent.
À Minami-Sanriku, vous trouverez un mémorial qui, à travers des expositions de photographies et la reconstitution d’archives, vous permettra de mesurer l’ampleur de la catastrophe, mais aussi de comprendre comment la région a pu se reconstruire dans la solidarité et l’espérance. Profitez-en pour traverser le magnifique pont voisin, conçu par l’architecte Kengo Kuma, afin de vous rendre dans un lieu qui ne manquera pas de vous bouleverser. Il a en effet été décidé de conserver en l’état un bâtiment entièrement ravagé par le raz-de-marée, véritable symbole visuel de la calamité qui a frappé la région. Un seul regard suffit à deviner la puissance irrépressible de la mer, qui avait tristement décidé ce jour-là, de prendre sa revanche sur la terre. Mais pour rester sur une note résolument tournée vers la vie, nous vous conseillons de poursuivre votre promenade jusqu’à la forêt de l’avenir, véritable gage d’espérance, et ironique pied-de-nez à la nature elle-même. La véritable attraction de la région, si tant est que le terme puisse convenir ici, se trouve toutefois un peu plus loin, dans le joli quartier commerçant qui jouxte le mémorial.
Le village San-San de Minami-Sanriku est plus qu’une simple zone commerciale dynamique. C’est un symbole : celui d’une reconstruction. C’est une volonté : celle d’une renaissance. Les habitants de la région ont bâti un mémorial en hommage à leurs disparus, mais ils ont aussi fait le choix de ne pas abandonner ces lieux. Non pas en reconstruisant le port à l’identique et au même endroit, mais en proposant aux visiteurs japonais comme étrangers, un village où, en se restaurant et en faisant leurs emplettes, ils peuvent soutenir les industries locales et les commerçants profondément enracinés dans la région. Le nom même du village évoque une lumière éclatante perçant la pénombre, comme un rappel à l’Humanité qu’après toute tempête, aussi rude et violente soit-elle, le beau temps finit toujours pas revenir.
Il appartenait aux habitants de la région de ne pas partir. Ils sont restés. Ou du moins, ils sont revenus. Et ils ne sont pas là pour faire l’aumône ni arracher des larmes aux visiteurs, mais bien pour travailler et vivre dans la plus grande normalité possible. Leurs commerces et leurs restaurants s’inscrivent dans un quotidien tourné vers la vie, la joie et l’avenir. Alors si cette page de l’Histoire vous fait légitimement pleurer, gardez vos larmes pour vous, et partagez-leur allégrement plutôt vos rires, vos rêves… et vos yens !


