Les mangas. Si le terme paraissait encore quelque peu exotique, il y a à peine trente ans, comme s’il désignait quelque chose de vague et d’hybride, entre une mangue et la rumba, il s’est depuis installé dans notre quotidien. Il y a même tellement pris ses aises, qu’il figure à la fois dans le dictionnaire de notre langue et dans tous les classements des meilleures ventes en librairie. Et si l’envie vous a pris de préparer un voyage au Japon, il y a fort à parier que vous savez non seulement ce que c’est, mais que vous en lisiez régulièrement, voire que vous connaissiez déjà très bien cet univers. Sans remonter jusqu’à l’origine du mot – ce qui nous obligerait à déranger Hokusai, le maître des estampes, dans son atelier - connaissez-vous les grands maîtres de ce style ? Ceux qui lui ont donné ses lettres de noblesse et posé les règles et les jalons pour des générations de dessinateurs ?
Vous avez bien sûr Osamu Tezuka, unanimement considéré comme « le dieu des mangas », et dont vous connaissez sans doute Astro Boy. Son impact est majeur, son influence décisive et le béret qu’il arbore presque toujours passera à la postérité comme sa marque de fabrique. Mais un panthéon serait bien trop vaste pour un seul dieu. On y intègre donc Shôtarô Ishinomori, qui va particulièrement nous intéresser ici, puisque né à Ishinomaki, c’est dans cette adorable ville de Miyagi qu’un musée flambant neuf lui est aujourd’hui consacré.
Repéré très tôt par Tezuka, Ishinomori intègre son cercle et emménage dans le célèbre Tokiwa-sô, cet immeuble mythique où ont vécu de nombreux mangaka majeurs des années 1960 et 1970. Une relation de respect et d’estime mutuelle se tisse peu à peu entre les deux dessinateurs, qui empruntent chacun une voie différente malgré une indéniable proximité – une filiation - stylistique. Si les œuvres du « dieu » sont teintées d’un humanisme souvent lyrique, celles d’Ishinomori, qui peut s’enorgueillir du titre de roi du manga, possèdent une dimension plus sociale et politique. Destinées avant tout à la jeunesse, elles ont durablement marqué la pop-culture japonaise, et si Ishinomori n’est pas parvenu à révolutionner son époque, il aura contribué à façonner l’imaginaire collectif de ses compatriotes.
Vous retrouverez l’ensemble de son œuvre dans ce bâtiment de trois étages, véritable petite merveille d’architecture et de muséologie. Dès l’entrée, vous serez accueilli par une statue grandeur nature de Kamen Rider, série emblématique du maître, diffusée depuis 1971, et transmise de génération en génération. Casques, armes, et bien sûr vilains ont fasciné des millions de petites têtes – pas si blondes- japonaises. Le musée fait également la part belle à Super Sentai, à l’origine des Power Rangers, rendez-vous hebdomadaire incontournable pour beaucoup, ainsi qu’à Cyborg 009, œuvre peut-être moins connue sous nos latitudes mais essentielle dans la carrière de l’auteur. Fidèle à sa vocation de promotion du manga au sens large, le musée accueille aussi des expositions temporaires consacrées à d’autres auteurs comme Nintama Rantarô, centré sur des apprentis ninja, durant l’hiver 2025.
Par son impact, son influence et, surtout, par la beauté de son trait, Ishinomori mérite incontestablement son titre de roi du manga. Et puisqu’un roi vous ouvre les portes de son royaume, vous manqueriez quelque chose de ne pas franchir le seul de ce musée, et à ne pas aller admirer tous les trésors qui ornent les murs de cette salle du trône. Véritable coup de cœur, ce lieu fera rêver petits et grands et vous permettra d’approcher l’une des plus belles pages de l’histoire japonaise contemporaine, richement illustrée qui plus est.
- La Côte de Sanriku


