La mer n’est jamais loin au Japon. Pour le plus grand bonheur de ceux qui vivent de ses bienfaits. Et parfois pour leur malheur. Car elle peut se montrer trop proche. Dangereusement trop proche. Ce fut le cas en ce jour funeste du 11 mars 2011 quand, à la suite d’un puissant tremblement de terre, un énorme raz-de-marée vint frapper les côtes du nord-est japonais et rayer plusieurs ports de la carte.
L’agréable petite ville de Kesennuma comptait jusque-là comme un centre de pêche majeur du Sanriku. Connue pour ses spécialités de requin (le fukahire élaboré à partir des ailerons), d’espadon (qui se déguste aussi bien cuit que cru) ou encore de bonite (au point de concurrencer Kōchi, l’autre région-phare de ce poisson souvent servi en tataki), cette bourgade a été reconstruite différemment, autour d’un urbanisme entièrement repensé, de lieux de mémoire pour transmettre aux générations suivantes le souvenir de cette catastrophe, et de digues pour se prévenir au mieux cette fois d’éventuels excès de colère de la mer.
Assurément un des meilleurs symboles du renouveau de la région, la brasserie Otokoyama Honten qui aurait dû fêter son siècle d’existence (maison fondée en 1912) l’année suivant le séisme, fut terriblement touchée par ce cataclysme. Une belle histoire se trouve toutefois derrière cette tragédie puisque la solidarité locale, l’aide des riziculteurs environnants et le recours à un puissant générateur électrique lui auront finalement permis de relancer son activité dès le lendemain ! La maison, délocalisée sur les hauteurs, se plaça par sa reprise fulgurante comme un modèle d’espérance pour tous les acteurs de ce secteur qui se trouvaient naturellement en proie à d'effroyables incertitudes.
Cette brasserie produit non pas de la bière comme le terme brasseur fait souvent penser, mais une des spécialités du Japon, à savoir le saké. Cette boisson alcoolisée connaît ces dernières années une certaine démocratisation dans les grandes métropoles comme Paris, notamment grâce à la pédagogie de grands sommeliers, souvent passionnés par l’arrière-plan culturel et très intéressés par les potentialités du saké en matière d’accords notamment. Il n’en reste pas moins que cette boisson traditionnelle japonaise, plus proche de nos vins raffinés que des tord-boyaux servis en digestifs, contrairement à l’image que beaucoup de nos concitoyens s’en font toujours, reste encore assez confidentielle sous nos latitudes. Il est peut-être bon de rappeler ici que le saké est élaboré uniquement à base d’eau, de riz et de kōji, un micro-organisme qui va permettre d’activer la fermentation alcoolique. Le reste appartient au savoir-faire du brasseur. Et justement, avec plus d’un siècle de présence et de brassage, la maison Otokoyama Honten sait y faire en matière de saké.
Nous ne pourrons que trop vous conseiller de visiter les locaux de la brasserie afin de bénéficier d’explications sur les différentes méthodes de fabrication et sur les ambitions de la maison, qui est déjà solidement ancrée à l’étranger et dont certains de ses produits sont déjà trouvables dans les meilleures caves spécialisées françaises. Une fois que vous aurez maîtrisé les quelques notions de base du saké, n’hésitez pas à chercher dans les menus à sakés des enseignes environnantes le nom « Otokoyama Honten » et à commander quelques belles tranches de sashimi. Ces quelques rasades vous permettront à la fois de soutenir cette brasserie et de montrer à la mer que malgré tout, vous lui en savez gré.
WEBSITEhttps://en.kesennuma.co.jp/
