Last Update February 17, 2026
Dans l’imaginaire de nombreux Français, la religion en Asie est souvent réduite au bouddhisme. Or, comme sur bien d’autres sujets, la réalité est bien plus complexe. Il suffit de penser à l’importance du confucianisme en Chine, à la place du catholicisme en Corée, à la nébuleuse de sectes qui émaillent le continent, ou encore aux huit millions de kamis censés peupler l’archipel nippon selon le shintoïsme, pour se demander si Bouddha n’y serait pas, finalement, un peu à l’étroit.
Et pourtant, il suffit de se promener quelque temps au Japon pour comprendre que celui qu’on appelait Siddhartha Gautama, avant l’Éveil, y est au contraire plutôt à son aise. L’archipel compte en effet d’innombrables temples bouddhistes, où l’on peut découvrir ou redécouvrir la diversité remarquable de la statuaire liée à cette religion. Contrairement aux sanctuaires shinto, reconnaissables à leur arche rouge marquant la frontière entre le monde des hommes et celui des kamis, l’entrée de ces temples est généralement payante. En contrepartie, le visiteur y trouve une quiétude précieuse, particulièrement appréciable lors d’un séjour où le temps manque souvent pour simplement respirer.
Il est aussi des temples dont l’accès se mérite. Celui de Yamadera en est un. Perché dans les massifs de la préfecture voisine de Yamagata, ce « temple de la montagne », comme son nom l’indique, offre bien plus que quelques instants de tranquillité. Une fois acquitté le droit d’entrée, le visiteur peut s’engager sur un chemin escarpé menant vers les hauteurs, sans oublier au passage de saluer la statue de Matsuo Bashô, maître incontesté du haiku. C’est lors de son célèbre voyage littéraire qu’il a décrit ce « silence absolu » à travers lequel « la voix des cigales pénètre la pierre ».
Le lieu était autrefois réservé aux ascètes bouddhistes venus s’y retirer loin des turpitudes du monde, à l’image des anachorètes du christianisme primitif – ces ermites rigoureux, dont certains, les stylites, vivaient au sommet de colonnes de pierre. Vous ne croiserez ici ni criminels en quête de rédemption, ni influenceurs fatigués en quête d’une pseudo-régénération spirituelle. Le site est resté dans son jus, presque tel qu’il fut conçu en 860 : comme une porte menant vers un monde invisible au commun des mortels.
Pour atteindre les bâtiments principaux, il faut gravir pas moins de mille marches, un chiffre qui vous sera rappelé – pour vous encourager ou vous décourager – à chaque palier. Économisez donc votre souffle, mais ouvrez grand vos yeux et n’hésitez pas à les épuiser sur l’horizon magnifique qui s’étendra devant vous. L’ascension, durant laquelle la sécurité est constante, vous procurera de grandes émotions, et la paix qui vous saisira lors de la contemplation finale vaudra tous les râles que la montée vous aura arrachés.
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